26/01/2006Prostitucheune * (part one)La première fois que j'ai demandé de l'argent pour un plan cul, j'avais 19 ans et des poussières.
Je traînais régulièrement sur les « Quais d'Austerlitz ». C'était un lieu de drague particulièrement dangereux où les flics et les casseurs de pédés faisaient régulièrement des descentes : le long de la Seine, une longue allée de 300 mètres de gravier sous les entrepôts de Mondial Moquette ou Saint Maclou (je ne sais plus) et sur la droite de cette allée un long tunnel d'une centaine de mètres, obstrué au bout par une porte en métal, donc très sombre. Là, les mecs attendaient, se branlaient, se suçaient, s'enculaient, partouzaient. J'aimais bien traîner là, il y avait beaucoup de mecs qui m'excitaient et que j'excitais. A l'époque, j'avais l'air d'avoir 15 ou 16 ans et souvent on me demandait ce que je faisais dans ce lieu sordide à mon âge. (Si vous avez vu les Nuits fauves de Cyril Collard, c'est là qu'il va pour se faire pisser dessus, histoire de vous situer l'endroit).
Donc, c'était un après midi de l'été 1987, je chassais étant prédateur et proie à la fois. Un mec s'était mis à me suivre avec beaucoup d'insistance. Un mec moche entre 30 et 40 ans, sale gueule, mal fringué, limite crade. J'avais beau l'ignorer lors de mes allers et retours le long de la Seine, il continuait à me suivre. Au bout d'un moment, j'en ai eu assez,je me suis tourné vers lui et de façon agressive je lui ai demandé :
- Pourquoi tu me suis ?
-Parce que je te trouve très beau
-Mais toi t'es pas mon style de mec, je cherche plus jeune
-On pourrait quand même faire quelque chose ensemble ? T'as pas envie de jouir ? Si t'es là c'est que tu cherches à jouir, non ?
-Oui, mais tu m'intéresses pas
Je cherche un truc pour me débarrasser de lui sans lui dire qu'il a un physique répugnant et je ne trouve que... :
Et puis moi, je me fais payer.
Il plonge la main dans une de ses poches, en sort quelques pièces...
-J 'ai 32 francs
Je lève les yeux au ciel et je lui demande de mon air le plus hautain :
- Non, mais ça va pas ! Qu'est ce que tu veux que je fasse pour ce prix là ?
- Je peux te sucer si tu veux...dt-il en baissant la tête.
Là, je ne sais pas pourquoi, je me retrouve tout con, désemparé. Je ne sais pas ce qui m'a traversé l'esprit : le mec s'accroche et du coup, je le trouve touchant, je crois que j'ai envie d'être flatté, encore et encore. J'ai envie de m'offrir à lui pour qu'il puisse se souvenir qu'il s'est tapé « un petit mec de 19 ans très beau ». Avec du recul (presque 20 ans plus tard) , je crois que j'ai eu de la compassion pour lui, et c'est pas génial comme réaction.
J'ai répondu : OK !
Nous sommes partis dans le tunnel, assez loin. J'ai baissé mon froc et mon slip (ou était-ce un caleçon ?). Il m'a sucé , plutôt bien, je l'avoue. J'ai réussi à bander assez rapidement. Au bout d'un moment, il s'est relevé, a baissé son pantalon, m'a tendu son cul en me demandant de le baiser.
J'ai réagi rapidement : je n'avais pas de capotes et on parlait du SIDA depuis quelques années, je n'étais pas sûr que son cul soit très propre vu le look du mec, et surtout je n'avais jamais été actif avec un mec. Je lui ai donc répondu :
-Pas pour ce prix là, désolé.
Il a continué à me sucer et à me branler, jusqu'à ce que je jouisse.
Nous sommes sortis du tunnel, il m'a demandé ce que je faisais dans la vie, j'ai répondu que j'étais étudiant en lettres modernes, il m'a dit qu'il était soudeur.
Il m'a tendu l'argent qu'il m'avait promis, je l'ai refusé.
Et alors, il m'a dit cette phrase que je n'oublierai jamais :
« Tu en as plus besoin que moi »
Il a vraiment insisté pour que je prenne ses quelques pièces, nous nous sommes dit au revoir, et je me suis éloigné coupable.
Coupable de quoi ? D'avoir demandé de l'argent ? D'avoir pris le fric d'un mec qui devait avoir un petit salaire ? Coupable d'être une saloperie de pute ?
Je ne me souviens pas de ce que j'ai fait de ces 32 francs
*Prostitucheune est un néologisme franco-américain destiné à éviter les moteurs de recherche.  |
| Des 13 sortilèges qui m'ont été offerts à ma naissance par différents êtres humains, animaux ou objets, je n'en connais et maitrise plus ou moins que quelques uns
Celui offert par le Petit Vieillard (l'Arithmétique) me fut utile jusqu'à mon bac. Il s'est aujourd'hui dissous.
Celui de la Théière Anglaise me permit de devenir bilingue.
Celui de l'Horloge Comtoise fit de moi un homme ponctuel comme une montre Suisse
Celui de l'Arbre, que j'invoquai, hélas, très jeune fit que certaines blessures ne se cicatriseront jamais (maudit sortilège que celui là, pourquoi Maman ne m'avait-elle jamais averti que certains d'entre eux étaient néfastes)
Celui de la Libellule fit que je serai condamné à chercher l'âme frère toute ma vie
Celui de la Princesse est celui que je maîtrise le mieux, mais il doit rester secret, sous peine d'être rompu ; hélas, il le sera un jour....
Celui de l'Ecureuil fit de moi un être sensible, hyper émotif ; merci l'Ecureuil, c'est le plus beau cadeau que l'on me fit...
Et voilà... je ne sais ce que le Feu m'attribua, je l'invoquai mais n'en vis jamais les conséquences.
Je redoute celui de la Chauve-Souris (il pue la mort de celle qui me donna la vie)
Quand aux sortilèges de la Rainette, du Fauteuil et de la Bergère, des Pastourelles ou de la Tasse Chinoise, ils restent pour moi un grand mystère....
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26/01/06 - 22:09
Oh ! C'est beau, touchant et émouvant, m'sieur Sorty.
(et bien écrit, en plus)
magicvince